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l'embobineuse

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L'embobineuse - Special Place For Special Events - Lieu marseillais alternativement Terroriste
Mis à jour : il y a 2 min 28 sec

L'art de se taire

7. février 2013 - 1:00
<center> <img src="http://www.lembobineuse.biz/includes/images/pics/20120407150645.gif" /> </center> <font color="#999999"><br /> L'art de se taire <br /><br /> Avec toutes les choses qu'il y a à dire sur Marseille en ce début 2013, il est urgent de se taire. Ce silence qu'il convient de garder est le dernier retranchement dans lequel se terre ma politesse. Et se taire pose évidemment moult problèmes quand il s'agit de s'exprimer dans la langue la plus châtiée qui soit, sur des sujets aussi importants que, par exemple, le pied que je me suis cassé. Faire voeu de silence quand on a le pied cassé est la chose la plus inconvenante qui soit. Et décider de parler de se taire, l'incongruité la plus encombrante qui fut. Se taire quand on n'a rien à dire ! Mais que c'est beau ! Peu de gens d'ailleurs savent garder ce recul qui leur impose de fermer leur gueule quand ils le devraient. C'est même souvent dans ces moments-là qu'ils s'expriment avec la vigueur la plus plate et ennuyeuse, alors qu'un bon vieux silence gêné leur aurait permis d'entendre un ange passer. Et de ne pas passer pour des cons. Se taire quand on a plein de choses à dire, voilà, en revanche, qui est plus difficile. Car j'en ai beaucoup à dire sur Marseille en ce janvier 2013 ! D'ailleurs j'écris avec les poings levés, ce qui ne simplifie rien. J'ai à dire, par exemple... au moins tout ce qui a déjà été dit, mais en largement moins bien. C'est pas facile d'atteindre à l'alacrité volubile des pourfendeurs de tout poil ou des zélateurs de basse espèce. Les langues se sont déliées, et sont devenues si longues qu'elles en chatouillèrent de nombreuses, de paires de groles. Non, je n'arriverai jamais à atteindre la puissance de l'élan de la ferveur populaire, d'autant plus que la culture est décidément un mot qui ne me revient pas. Le silence dans lequel me cloître cette infinie conchiasse pour les cotillons, les feus d'artifice et autres réjouissances touristico-vieux porsiennes, est, comme je le disais, l'expression de ma plus profonde politesse.<br /><br /> Il en est certains qui, plutôt que de s'emporter dans des langueurs langagières préféraient parler de leurs douleurs les plus basses, celles que la goutte ou le fondement leur provoquaient. Cette délicatesse qui consistait à parler de ses hémorroïdes en présence d'un mort, pour ne point trop attrister la veuve, je la ferai mienne, m'épanchant sur mon pied cassé qui, justement, me relance. Nous brisâmes nos relations cordiales pour une histoire de politesse : plutôt que de m'emporter dans une abrutissante colère, au vocabulaire immanquablement ordurier, je choisis le shoot façon footballeur, hélas dans une chaise. Le métatarse ou carpe ne fit qu'un tour et chuta au fond de la chaussette. La douleur salvatrice m'apporta aussitôt, outre un évanouissement doublé d'un vomissement rose, quelque chose qui ressemble à la rédemption et au pardon de tous mes péchés. Culbutant de guingois pour me traîner jusqu'à ma tanière, m'écrabouillant le pif sur le coin d'un bureau, je pris appui sur la plaque électrique que malheureusement j'avais oublié d'éteindre : l'annexion de la peau de ma paume à la plaque de fonte me plongea dans une béatitude quasi mystique, il n'y avait plus de colère en moi, plus de haine, plus de rancœur, et surtout, je ne disais plus rien. Je vomissais le reste brunâtre d'une lie de mauvais vin. Je me vidais des mauvaises pensées qui m'assaillaient. L'immanente punition transcendait ce qu'il y avait de plus beau en moi. Je n'étais plus qu'amour. Joignant mes mains je ne fus plus qu'un cri. Ce râle abrutissant agit comme un coup de matraque, je m'affalai tête la première sur cette même plaque de cuisson : sous la brûlure mon crâne rebondit, y laissant au passage un rond tout cramé de cheveux. Et depuis que cela s'est cicatrisé, j'ai comme une tonsure monacale de laquelle à jamais tout poil est banni. Sous le choc, d'un réflexe irréfléchi, je repris mon équilibre sur mon pied, celui-là. On me retrouva, paraît-il, affalé dans un cageot de pommes tellement bio qu'une myriade de moucherons voletait encore autour de moi, tandis que l'autre moitié s'était agglutinée sur mes plaies comme s'il fût agi de papier tue mouche. Mais j'avais des étoiles dans les yeux. Je bafouillais quelque bave sèche, mes lèvres se collaient en marmonnant quelque prière et mes mains, unies à tout jamais, confirmaient l'état de sainteté dans lequel j'étais tombé. Cette extase je la garde, elle est ma joie, et le plâtre qui aujourd'hui orne mes carpes, ou tarses, me rappelle à chaque instant ce moment béni où j'ai su fermer ma gueule, creusant ma colère de mon indifférence et recouvrant la chasse aux bénis oui oui du voile pudique de ma béatifique candeur. Alors franchement, pour ce qu'il y a à dire de Marseille en 2013, je m'en tape le pied par terre. <br /><br /> Le Préfet </font> <br /> <br /> <center><img src="http://www.lembobineuse.biz/includes/images/pics/20130207201237.jpeg" /></center> <br /> <br /> <a href="http://lembobineuse.bandcamp.com" "target="_blank">l'Embobineuse Production sur Bandcamp</a><br /><br /> <a href="http://www.facebook.com/pages/EMBOBINEUSE-THEATRE-DE-FORTUNE/127097027390683" "target="_blank">l'Embobineuse sur Facebook</a><br /><br /> <a href="https://fr.yesgolive.com/lembobineuse" target="_blank"><img src="http://www.lembobineuse.biz/includes/images/pics/20120914175710.gif " border="0" /></a> <br />
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